D’ex-musulmans d’Allemagne en lutte contre l’islam

Le paisible quartier de Charlottenbourg, à Berlin, ne semble pas particulièrement menaçant par un radieux dimanche de printemps. Pour Farsana, femme d’origine iranienne qui a accepté, sous un nom d’emprunt, de rencontrer La Presse dans un discret café du secteur, les risques d’agression paraissent pourtant bien réels. «C’est dangereux si les mauvaises personnes me voient avec ça à la main. C’est un sujet tabou», murmure cette infirmière de profession en posant sur la table une pile de pamphlets du Conseil central des ex-musulmans.

Le discours de cette nouvelle organisation allemande, formée d’ex-musulmans qui critiquent l’islam et la montée de l’intégrisme dans le pays, l’a séduite. «Je cherchais une façon de m’engager contre l’islam et la création de nouvelles mosquées en Allemagne», affirme Farsana, communiste et athée de longue date, qui a quitté son pays d’origine il y a une trentaine d’années pour échapper aux persécutions politique et religieuse.

Là-bas comme en Allemagne, des intégristes imposent des conditions rétrogrades aux femmes en s’inspirant du Coran, dénonce la militante, divorcée d’une cinquantaine d’années, qui a élevée ses deux filles hors de l’islam. Farsana juge le gouvernement allemand trop accommodant avec les demandes des minorités religieuses sous le couvert du «relativisme culturel».

Son approche discrète tranche avec celle des fondateurs du Conseil central des ex-musulmans, qui ont tenu en février une première conférence de presse pour faire connaître l’organisation et rendre publiques leurs critiques de l’islam. Une quarantaine de personnes d’horizons idéologiques divers se présentant comme des musulmans ayant renier leur religion étaient présents pour l’occasion.

L’initiative n’est pas passée inaperçue des milieux intégristes à en croire la présidente du Conseil central des ex-musulmans, Mina Ahadi, militante des droits de l’homme d’origine iranienne, qui affirme avoir été placée sous protection policière en raison des menaces reçues par la suite. La vice-présidente, Arzu Toker, femme d’origine turque de 55 ans qui vit depuis 30 ans en Allemagne, refuse en entrevue de s’attarder sur sa propre situation, même si elle reconnaît recevoir régulièrement des messages haineux. Mme Toker explique son opposition à l’islam en évoquant surtout les dispositions touchant les femmes, incluant la polygamie.

Une part substantielle de la population musulmane du pays, qu’elle situe autour de 30%, ne croit plus mais évite de le dire pour ne pas subir les foudres d’intégristes, affirme Mme Toker, qui reproche au gouvernement de se montrer trop complaisant envers certains groupes musulmans «non représentatifs».
C’est d’ailleurs pour protester contre la place trop importante accordée au Conseil central des musulmans, organisation nationale de musulmans qu’elles jugent trop radicale, que Mmes Toker et Ahadi ont choisi le nom de leur propre organisation.

«Il faut que les droits et devoirs reconnus des citoyens du pays soient acceptés par les immigrants qui viennent ici. Pour moi, un musulman qui est insatisfait parce qu’il ne peut pas imposer le hidjab à sa jeune fille n’a qu’à aller vivre en Arabie Saoudite», tranche-t-elle.

La porte-parole du Conseil central des musulmans, Nurhan Sorkyan, estime que l’organisation est tout à fait représentative de la population puisqu’elle représente 85% des mosquées du pays.
Elle affirme que les fondateurs du Conseil des ex-musulmans ont le droit démocratique de créer leur propre mouvement et de renier leur religion. «Tout le monde est libre de faire ce qu’il veut», dit Mme Sorkyan.
Les courants d’extrême droite s’intéressent au Conseil central des ex-musulmans, ce qui oblige ses fondatrices à faire preuve d’une attention redoublée dans leur démarche de recrutement.

«Plusieurs centaines de personnes sont en attente pour devenir membres. Nous devons évaluer chaque candidature très attentivement parce que nous ne voulons pas de néonazis», souligne Mme Tuker.
Son organisation n’a strictement rien à voir avec les racistes et les nationalistes, dit-elle. «Nous ne sommes pas des radicaux, nous sommes des humanistes», conclut la vice-présidente.

Marc Thibodeau – La Presse

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